blog dominique autie

 

 

 


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PHOTOGRAPHIER

À chaque photographie qui se prend, c'est un peu d'ordre gagné sur rien, sur notre incapacité à penser le chaos. Un peu de lumière, quelques bribes d'obscur, ainsi naissent comme des fleurs de printemps nos douces illusions. Mais comment être dupe et ne pas voir que chaque image taillée dans l'ordre des choses est l'épreuve nécessaire et la preuve irréfutable de ce qui ne sera jamais ? Une douleur en allée, un fil tendu entre les deux réels: celui de la matière et celui de l’âme, l'un dont on dispose à l'infini, et l'autre, inrreprésentable, imaginaire absolu, mystère de l’histoire qui nous fait et nous défait. Il y a dans toute photographie cette simultanéité propre à la fragilité de la vie, qui brise la distance et pousse doucement vers invisible. Nous croyons prendre, tenir dans le creux de la main, être les garants de l'immobile, et nous ne faisons que tendre vers quelque chose que par manque de mots nous nommons l'innommable.

Les photographes sont des passeurs de songes.

Ils vivent dans le clair obscur d'une frontière, où le jeu des miroirs finit toujours par les ramener à eux-mêmes, désespérément seuls, dans le grand désert de l'absence. Et puis l'image ne sera jamais comme le mot qui est à la fois le magnifique symptôme du manque à être et la convention adoptée pour échapper à la solitude originelle. Elle n'est pas le fruit d'une peur ancestrale, mais – il suffit de se souvenir de Narcisse – celui d'un orgueil incommensurable qui ne peut être que le premier signe d’une bien étrange douleur : donner à voir, en une fraction de seconde à peine, la pensée en image, et prouver s'il le faut l'étonnant phénomène en offrant aux yeux du voyeur ébahi l'immédiate réalité que mille mots mille fois combinés n'auraient su reproduire… en ignorant dangereusement que révéler n'est pas amener à la pleine lumière, mais jeter au contraire une ombre nouvelle sur les choses.

Alors, le déclic savoureux de chaque photographie qui rythme le silence nous remplit de tendresse; et nous finissons toujours par aimer deux fois ces images capricieuses, pareilles à ces enfants que l'on aime à l'instant du coucher, et plus tard, dans l'éloignement de ce sommeil qui nous demeurent à tout jamais inaccessible. Nous les aimons si fort car elles portent en elles l'empreinte indélébile des deux réels, le renoncement à l'image intérieure, et l'attachement indécelable à la matière. Elles ne pourront jamais dire ce qu'il faut dire de l'être, car le commencement où elles prennent vie et identité n'appartient pas à l'homme. Mais accepter cette faiblesse c'est en multiplier la force du signe. Celui qui dans le cercle de la lampe ordonne les grains de riz, ordonne aussi le monde. À condition d'être assez humble pour ne jamais le croire.

 

 


Image (vidéo) extraite de Prophéties de Jean-Luc Aribaud

 

 

 

 

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de
Jean-Luc Aribaud

 

C’est parce que j’écris moi-même
– avec des mots ou la lumière–,
que je suis venu à l’édition :
je désirais œuvrer pour d’autres,
pour que d’autres écritures émergent
qui, pour une multitude de raisons,
ne verront jamais le jour
entre mes mains…
Je ne comprends toujours pas
pourquoi tous les artistes
n’ont pas une démarche similaire.


Nocturnes 5.0 de Jean-Luc Aribaud
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