blog dominique autie

 

 

 


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LE POÈME

Je persévérais et la chose arriva: un recueil publié, un autre, des lecteurs... Puis un premier prix littéraire, Louis Guillaume de la poésie en prose. Et le sentiment de pouvoir partager, enfin, une nuit fondatrice. À mon tour, je transmettais ces fleurs de carottes. J'avais amené à bon port ma nuitée d'étoiles. J'offrais, à qui voulait recevoir, ce qui m'avait fait.

Une Brûlure sur la joue fait partie de ce vaste projet de poésie. Ce recueil est une des façades de l'édifice que je tente, modestement, de dresser jour après jour. Il est aussi, pour la première fois dans mon travail, une tentative de dialogue à distance avec des créateurs, des peintres qui, à travers leur art, nous ont transmis leurs images fondatrices. Il me semble qu'ainsi, entre ses bornes qui se révèlent à nous par le biais des expositions ou des livres, un territoire, un pays exemplaire peuvent être retrouvés et arpentés.

Pays de la liberté, bien sûr, mais aussi des hommes en lutte contre l'amnésie, l'effacement, contre cette pensée vulgaire qui tente par l'amusement comme seule finalité de nous faire oublier ce que nous sommes : des fils chassés du paradis d'aimer, des émigrés dans notre propre corps, des civilisés que la bête tapie dans nos ventres peut soumettre à tout instant.

Mais Une Brûlure sur la joue c'est aussi une mise en garde contre le grand banal, l'immobilité qui amène la mort, la vitre froide entre soi et ce pays de la lucidité. Dire ainsi cette blessure, c'est toucher le pigment originel en essayant de comprendre le geste créatif, c'est effleurer l'envers du monde, l'occulte ; c'est vouloir teinter sa propre peau pour retrouver le rite originel et, au-delà, la transparence, l'invisible du commencement. Et certaines images, certaines figures vraies, nous y aident.

Nous le savons : ce qui est représenté a disparu après avoir été présenté une première fois. Ce sont les images de scènes fondatrices, métamorphosées, habillées de couleurs, mais tout de même… Nous connaissons cela: l'intime de l'humanité, si je puis dire, ce fonds commun d'amour, de deuil, d'enfance perdue.

En bon frère humain qui après ces grands peintres tente de vivre dans son époque atomique, je n'ai pas hésité à m'inclure dans le tableau, à y amener ma bien-aimée, à chercher Pars magna dans ce temps suspendu de la couleur, à prendre honnêtement avant de donner à mon tour. Je crois que là se trouve l'Œuvre tout entière.

 

 

Ce texte reproduit la lettre de Jean-Luc Aribaud à Guy Rouquet,
fondateur de l'Atelier imaginaire et du prix Max-Pol Fouchet.
Il a paru en postface du recueil Une brûlure sur la joue, prix Max-Pol Fouchet 2004.

 

 


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C’est parce que j’écris moi-même
– avec des mots ou la lumière–,
que je suis venu à l’édition :
je désirais œuvrer pour d’autres,
pour que d’autres écritures émergent
qui, pour une multitude de raisons,
ne verront jamais le jour
entre mes mains…
Je ne comprends toujours pas
pourquoi tous les artistes
n’ont pas une démarche similaire.


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