blog dominique autie

 

 

 


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LE POÈME

Quelques années plus tard, alors que l'adolescence jouait déjà sa petite musique mélancolique, je fus touché de plein fouet… Mais à mon grand étonnement, la salve de mots qui m'atteignit referma la blessure enfantine.

Un autre que moi avait vu une nuit identique à la mienne, et des ombres et des étoiles semblables l'avaient creusé, soulevé de terre, et il le disait et son dire me touchait précisément où gisait mon souvenir intime, me faisait trembler avec la même intensité que l'expérience initiale : « Orion fleur de carotte. » Que ma joie demeure. Jean Giono. Des milliers de fois je me répétais cette merveilleuse petite phrase pour retrouver intacte la sensation originelle, pour bâtir patiemment une arche entre ma propre ténèbre et les autres, ceux avec qui le partage devenait enfin possible.

Des portes de secours étaient désormais ouvertes. Le monde et les choses pouvaient me traverser, déposer en moi ce qui leur plaisait.

Mais j'allais aussi être du voyage : des chemins inconnus attendaient mes pas de convalescent… mes semelles, aurait dit le premier voyageur que je rencontrais : Rimbaud Arthur, celui d'une autre nuit, sans fond, celle-là, bien plus vaste que la mienne et piquée « d'archipels sidéraux » que je n'avais su voir. L'avertissement fut sévère : ainsi donc, la route était dangereuse et l'on pouvait périr d'avoir trop vu. Je le reconnais : j'hésitais, je faillis même renoncer…

Et si le poème n'était rien d'autre que l'expérience du néant, de l'anéantissement ? Et perdue d'avance pour le voyageur aux yeux brûlés qui désire coûte que coûte la mener à son terme ? Tant pis, pensais-je : le « je » en vaut peut-être…

Et l'autre dans mon arène intérieure, insaisissable, maître du jeu, tapait du pied et réclamait son dû.

Il était né du vide, de l'écorchure, de ce coup de couteau mortel que lui avait donné le grand réel : il lui fallait son pain azyme, son poème quotidien.

Ainsi était-il.

 

 

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Jean-Luc Aribaud

 

C’est parce que j’écris moi-même
– avec des mots ou la lumière–,
que je suis venu à l’édition :
je désirais œuvrer pour d’autres,
pour que d’autres écritures émergent
qui, pour une multitude de raisons,
ne verront jamais le jour
entre mes mains…
Je ne comprends toujours pas
pourquoi tous les artistes
n’ont pas une démarche similaire.


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